Le Mali victime de la chute de Kadhafi?
11 mai 2012C'est un fait certain. Les rebelles touaregs ont profité de l'instabilité créée par le renversement d'Amadou Toumani Touré pour conquérir le territoire et créer leur Etat de l'Azawad. Pendant les mois qui ont précédé la chute de Mouammar Kadhafi, plusieurs milliers de personnes ont regagné leur pays. Selon l'Onu, il s'agit principalement de travailleurs migrants.
C'est le cas de Damba Koné. Pendant 11 ans, il a été boucher à Gatrun, un village dans le sud de la Libye. Mais en avril 2011, pendant le conflit libyen, il a été agressé :: « J'ai été dépouillé en une nuit du peu que j'avais et qui pouvait me permettre de m'en sortir une fois au Mali. On m'a tout pris. Je n'ai plus rien.»
Traitement de faveur
Damba Koné a pu regagner le Mali, son pays d'origine. Mais à l'instar de 12 000 autres migrants qui ont fui la Libye, il est en colère contre les autorités maliennes. Car tous ceux qui sont rentrés au pays n'étaient pas des travaileurs. Il y avait aussi d'anciens combattants armés. Damba Koné dénonce ainsi un traitement de faveur envers les touaregs armés rentrés de Libye. Le gouvernement, affirme-t-il, leur a offert des dizaines de milliers de dollars en espérant qu'ils renonceraient à leurs revendications indépendantistes.
Amadou Waigalo du bureau des immigrants au ministère des affaires étrangères maliennes explique que « avec les Touaregs, c'est une dimension politique. C'était une façon de gérer la situation. C'était une approche du gouvernement pour avoir une accalmie. »
Aucune solution diplomatique
Cette stratégie apparemment n'a pas marché. Des 2 000 Touaregs revenus de Lybie, beaucoup ont rejoint le Mouvement national de libération de l'Azawad, le MNLA. Début avril, ils ont déclaré l'indépendance du Nord. Depuis, le Mali est divisé en deux. Le pays cherche par ailleurs à restaurer sa légitimité constitutionnelle depuis le coup d'Etat du 22 mars qui a renversé le président Amadou Toumani Touré. Actuellement, aucune solution diplomatique ni militaire n'est en vue et le gouvernement provisoire en place a du mal à transférer le pouvoir aux civils.
Cette situation frustre Harouna, un Malien qui a fui la Lybie en guerre. Actuellement, il se dit impuissant face à son sort : « Où est-ce que je peux aller maintenant? Je ne connais aucun endroit où je peux me refugier avec ma famille.»
Auteur : Ramata Sore
Edition : Jean-Michel Bos